Une rentrée tourmentée : Instabilité, MPR et protection sociale
1. Préserver l’accès à la réadaptation et la protection sociale
L’offre de soins hospitalière et libérale est un bouc-émissaire commode chaque fois qu’il s’agit de freiner les dépenses, alors même qu’elle est sous financée depuis de nombreuses années. La faiblesse de l’ONDAM consacrée aux SMR (27% des lits hospitaliers) et l’impossibilité d’aboutir à un modèle financier cohérent pour les activités à forte densité de réadaptation se conjuguent avec l’insuffisance critique de revalorisation des interventions en secteur libéral. Le statu quo est intenable. L’immobilisme résulte du retard à l’identification de la catégorie des soins de réadaptation en France.
L’instabilité politique renforce chaque jour la perspective d’une saignée aveugle sur les dépenses de santé. La lancinante question de la dette restera au premier plan des politiques de santé, avec un dilemme de fond : comment améliorer l’accès aux soins en maitrisant mieux les dépenses de santé. Si nous, médecins de MPR, comprenons la nécessité d’un effort collectif, nous ne transigerons pas sur nos valeurs fondamentales. L’accès aux soins se dégrade avec des inégalités croissantes pour les personnes en situation de handicap tandis que le recours permanent à la notion de crise, incite à des choix tragiques au détriment du système de santé, choix qui occultent une politique du rabot en marche depuis des décennies.
La rigueur oui, mais dans le respect de la protection sociale, avec une vision cohérente des réformes nécessaires.
Il ne peut y avoir de développement durable pour la MPR sans faire de la réadaptation une priorité de santé publique soutenue par les politiques publiques. Il n’y pas de réadaptation sans protection sociale.
2. De la démographie en MPR à l’exercice MPR salarié et libéral
La DREES compte 2618 MPR au 1er janvier 2025. La filiarisation, acquise en 2009, a relancé le dynamisme démographique de notre spécialité. Plus de 1700 MPR exercent en SMR. On compte entre 300 et 400 libéraux, les nouveaux entrants commençant à équilibrer la vague des départs en retraite.
Lien vers le diaporama Démographie MPR 2025
3. MPR en SMR et réduction du capacitaire hospitalier
Les conditions de l’attractivité et de la fidélisation des professionnels clés pour nos activités doivent être analysées dans tous les secteurs. La majorité des MPR exercent en SMR. Si la MPR ne doit pas être confondue avec ce secteur, car elle s’étiolerait inévitablement avec le virage ambulatoire, y défendre une organisation et un financement favorables à l’exercice de la MPR est un axe prioritaire du SYFMER.
Analyse de l’évolution des SMR entre 2013 et 2024
En SMR, le nombre de lits d’hospitalisation conventionnelle (HC) est en baisse depuis 2015. Après la baisse d’activité liée à la pandémie, la reprise n’a pas permis de retrouver les volumes antérieurs: voir comparaison 2019-2024. La chute de l’attractivité pour les professionnels joue un rôle important. L’augmentation des journées d’HDJ-SMR, majoritairement portée par les cliniques privées, ne compense pas la baisse des journées en HC..
L’évolution des autorisations système nerveux et locomoteur, une approximation très insatisfaisante de la MPR en SMR, est marquée par une très forte hétérogénéité régionale et territoriale (structures, capacitaire, activité).
Nous avons par un récent communiqué du SYFMER, appelé à ce que dans ce contexte tendu, les lits de MPR ne soient pas systématiquement externalisés à distance des lits aigus et ne servent pas de variable d’ajustement sous pression budgétaire
4. La MPR libérale toujours sous financée
Si la Convention apportait quelques améliorations notables pour les MPR, le report des hausses tarifaires au 1er janvier 2026 nous a fait réagir.
La MPR est menacée par le gel des tarifs conventionnels
Nous reviendrons sur l’OPTAM dans une prochaine lettre. SI vous n’avez pas encore signé, il n’y a aucune urgence à signer avant le 3 novembre, et vous recevrez un nouvel avenant.
5. Ratios soignants / soignés : c’est maintenant
A la suite du vote de la loi Jomier du 29 janvier 2025, les ratios « de qualité » seront fixés par décret pour une période maximale de cinq ans, après avis de la HAS. Ils tiendront compte de la charge de soins liée à l’activité et pourront distinguer les besoins spécifiques à la spécialisation et à la taille de l’hôpital. Les CNP doivent rester vigilants et le SYFMER veillera à ce que les compétences médicales et paramédicales soient prises en compte pour des activités de réadaptation spécialisées. Voir cet article introductif.
Des ratios inappropriés favorisent le dysfonctionnement des filières et le manque d’intégration des parcours, contribuant à la réduction globale de l’accessibilité aux soins de réadaptation et de leur qualité.
6. L’accessibilité à la MPR : un enjeu de santé publique
Cet enjeu, il nous faut le promouvoir dans une arène où nous devons éviter à nos patients des choix tragiques liés à la recherche d’une efficience allocative à courte vue.
Mobilisons-nous !
Tous à l’AG : ceux qui n’ont pas cotisé sont invités mais ne peuvent voter